Le Projet

Présentation

Les élèves, à l’entrée en sixième, ont en écriture, comme dans d’autres matières, un niveau hétérogène. Cette hétérogénéité est, entre autres, liée à l’évolution sociologique de l’école suite notamment à sa démocratisation, aux mouvements migratoires, à l’instauration d’un collège unique, mais aussi au rapport singulier et complexe que chaque élève entretient avec l’écriture. Dans ce contexte, les élèves issus de milieux socialement défavorisés éprouvent davantage de difficultés, ce qui a un impact négatif sur leur réussite scolaire, étant donné que l’écriture participe à la construction et à la structuration des savoirs dans toutes les disciplines.

Des études menées sur les causes des difficultés scripturales et scolaires des élèves défavorisés insistent sur des facteurs contextuels relevant, entre autres,  du statut professionnel des parents, de leur niveau de formation, des écoles fréquentées et des langues parlées en famille et à l’école. Si des éléments contextuels ont des effets sur la performance scolaire, ne prendre en compte que ces facteurs ne permet pas d’identifier les besoins réels des élèves en matière d’apprentissage. Or, sans la connaissance précise de ce qui existe et de ce qui manque, il reste difficile de proposer des interventions didactiques appropriées pour lutter contre les difficultés, développer la compétence scripturale des apprenants et conduire ainsi à une meilleure réussite scolaire.

Objectifs de la recherche

Inscrit en didactiques du français et des sciences, le projet ECRICOL vise à identifier les compétences et les difficultés des élèves en matière d’écriture à l’entrée en sixième, dans deux disciplines scolaires (le français et les sciences), en vue de concevoir des dispositifs et des outils pédagogiques adaptés à leurs besoins. Il s’agit, dans un premier temps, (i) d’établir le bilan le plus complet possible de la compétence scripturale des élèves, déclinée en termes de savoirs, de savoir-faire et de rapport à l’écriture ; (ii) de déterminer ensuite des liens qui existeraient entre la compétence scripturale des élèves et les facteurs sociolinguistiques ; (iii) de voir s’il existe des comportements scripturaux différenciés en fonction des disciplines (français et sciences) ; (iv) de mesurer l’éventuel impact des habilités graphomotrices sur la compétence scripturale ; et, enfin, (v) de constituer une base de données qui feront l’objet d’études ultérieures.

Méthodologie

La recherche porte sur 29 classes de zones contrastées (des écoles urbaines favorisées et défavorisées ; des écoles rurales favorisées et défavorisées ; des REP et des REP+ sur les plans géographique et socioéconomique. Nous diversifions les zones afin de voir dans quelle mesure la situation socioéconomique de l’établissement peut avoir des incidences sur la compétence scripturale d’élèves dont les conditions socioéconomiques sont égales au niveau individuel.

Notre corpus est principalement constitué de textes produits par les élèves (en différentes versions), de questionnaires écrits (sur le rapport à l’écriture des élèves), d’entretiens d’explicitation enregistrés avec certains d’entre eux, de données issues d’enquêtes sur les habilités graphomotrices, de formulaires sociolinguistiques renseignés par les parents, de journaux de bord des enseignants sur le déroulement de l’expérimentation, etc.

Pour établir le bilan de la compétence scripturale des élèves (dans les dimensions relevant des savoirs et des savoir-faire ou, en partie, de l’investissement et des conceptions), nous avons utilisé des dispositifs alternant des moments de lecture et d’écriture et favorisant la réécriture ainsi que les retours des pairs et de l’enseignant sur les textes produits : en français, un atelier d’écriture adapté aux contraintes scolaires et centré sur la production d’un récit ; en SVT, un dispositif apparenté à l’atelier d’écriture, qui favorise les écrits intermédiaires et les retours critiques des pairs et de l’enseignant, centré sur la production d’un texte explicatif.

A l’aide d’un logiciel spécifique, deux versions de textes seront étudiées : une version produite par l’élève à partir des consignes d’écriture (VE) et la version définitive (VD) correspondant à la VE réécrite à partir des retours des pairs et de l’enseignant. La VE et la VD seront donc étudiées parce qu’elles permettent de déterminer ce que l’élève peut faire sans l’aide explicite des tiers et ce qu’il réalise avec l’intervention des tiers. Il est évident qu’entre la VE et la VD, il y a eu d’autres versions. Celles-ci ont été collectées et feront l’objet d’autres études ultérieures, qui pourraient porter, entre autres, sur les effets des retours des pairs et des enseignants sur le développement de la compétence scripturale des apprenants.  Quant aux habiletés graphomotrices, elles seront étudiées par le biais de tablettes à digitaliser et d’un logiciel spécifique.

Brièvement, on peut noter que, pour atteindre les différents objectifs évoqués, les données suivantes seront analysées :

─ Objectif 1 : Faire le bilan le plus complet possible de la compétence scripturale en matière de savoirs, de savoir-faire et de rapport à l’écriture. Données à analyser : productions textuelles d’élèves (en français et en SVT), questionnaires et entretiens avec les élèves.

Objectif 2 : Déterminer les variables sociolinguistiques en lien avec la compétence scripturale des élèves. Données  à analyser : formulaires sociolinguistiques renseignés par les parents sur leur  profession, leur niveau d’études, les langues parlées à la maison, le temps passé en France pour les non natifs.

Objectif 3 : Déterminer les comportements scripturaux qui seraient liés aux deux disciplines concernées. Mêmes données que pour l’objectif 1.

Objectif 4 : Déterminer l’impact graphomoteur sur la compétence scripturale des élèves. Analyse des données collectées auprès d’un échantillon d’élèves via le logiciel Eye and Pen.

Objectif 5 : Constituer une base de données. Données concernées : toutes les données indiquées pour les quatre premiers résultats, plus d’autres matériaux déjà rassemblés et qui ne sont pas prioritaires dans le cadre du projet ANR, programme JCJC 2016 : productions d’élèves (V1, brouillons, tapuscrits, etc.), grilles de relecture-élèves (en français et en SVT), questionnaires adressés aux enseignants, journaux de bord des enseignants, différents documents pédagogiques rendus par les enseignants, etc.

Constitution du corpus d’analyse

Durant les premiers mois du projet,  dans le cadre de la collecte des données, les activités suivantes ont été réalisées :

─ Constitution des groupes d’expérience. L’expérimentation été réalisée dans 19 collèges, (29 classes, auprès de 744 élèves) par 48 enseignants (de français et de sciences) dans les académies de Bordeaux (13 collèges, 21 classes, 561 élèves, 32 enseignants), d’Orléans-Tours (5 collèges, 5 classes, 115 élèves, 11 enseignants), de Créteil (1 collège, 2 classes, 46 élèves, 3 enseignants) et de Lille  (1 collège, 1 classe, 22 élèves et 2 enseignants).

─ Conception et expérimentation des dispositifs de français et de sciences ; ces dispositifs, qui font partie du protocole de collecte de matériaux d’analyse, ont été conçus par des enseignants-chercheurs didacticiens en collaboration avec les professeurs de collèges ; ces dispositifs indiquaient les objectifs d’étapes, les activités à mettre en œuvre, le déroulement, le temps estimé, le matériel nécessaire, etc. Durant l’expérimentation, chaque enseignant tenait un journal de bord où il retraçait le déroulement de chaque séance.

Formations de 48 professeurs de collèges (français et sciences) qui ont mis en œuvre les deux dispositifs ; ces formations d’environ six heures ont eu lieu dans les académies respectives.

Recueil de données variées : 3696 productions d’élèves correspondant au premier jet/V1, version élève/VE et à la version définitive/VD ; 1323 questionnaires-élèves ; 950 brouillons d’élèves ; 47 questionnaires-enseignants ; 48 journaux de bord tenus par les enseignants ; 500 formulaires d’enquêtes sociolinguistiques renseignés par les parents ; 79 entretiens enregistrés (avec ou sans images) avec les élèves, au moins  trois élèves dans chaque classe.

Toutes ces données ont été numérisées, transcrites et organisées par collège, par classe et par élève. Elles sont ainsi mises à disposition des chercheurs qui travaillent sur l’analyse. Les données concernant les professeurs (journaux de bord, par exemple) sont référées à chaque enseignant, hormis les questionnaires qui ont été remplis de façon anonyme.

Quelques résultats attendus

Au terme de cette recherche, les résultats suivants sont, entre autres, attendus :

─ Etablissement du bilan le plus complet possible des compétences et des difficultés en matière d’écriture des élèves à l’entrée en 6e, en tenant compte de toutes les composantes de la compétence scripturale, des variables sociolinguistiques, des disciplines concernées et, d’une certaine façon, de certaines habiletés graphomotrices.

─ Elaboration d’une méthodologie de recherche d’identification et d’analyse des compétences et des difficultés scripturales dans les groupes hétérogènes. Cette méthodologie permettra d’envisager des interventions didactiques appropriées pour favoriser la maitrise de l’écriture, la réussite scolaire et l’intégration socioprofessionnelle.

─ Comme il s’inscrit dans une perspective de recherche-action, ce projet contribuera à la formation des enseignants impliqués et fera bénéficier les chercheurs de l’expérience de terrain. En effet, cette recherche permettra, d’une part, aux professeurs de collèges de se former à d’autres façons d’enseigner et d’évaluer l’écriture et, d’autre part, aux chercheurs de construire de nouvelles questions de recherche, avec les enseignants, sur la question de l’écriture et de son apprentissage dans différentes disciplines.

Diverses valorisations scientifiques et pédagogiques : organisation de colloques, de journées d’études et de séminaires de recherche ; publication d’ouvrages collectifs et de d’articles dans des revues scientifiques ; développement d’outils pédagogiques numériques ; mise en place de modules de formation continue intégrant des dispositifs de formation à distance.

Création d’une base de données, collectées d’abord dans le cadre du présent projet, puis complétées par d’autres corpus, permettant la poursuite et l’élargissement du travail entamé.